Édition originale : Escritos de toros, Unión de Bibliófilos Taurinos, Madrid, 1964

Écrits sur les taureaux
Traduction de l'espagnol (Espagne) : Virginie Girard
Ce recueil de 15 articles (avec deux appendices contenant des lettres au poète Cortines y Murube et à Eugenio Noel) parus dans la presse hispanique entre 1896 et 1936, nous donne le point de vue du philosophe, figure majeure de la génération de 98, sur la « soi-disant fête nationale espagnole ».
Point de vue sacrilège puisqu'il rejette le jeu tauromachique comme symbole de l'hispanité, au même titre que le flamenco. Inlassable explorateur de l’âme espagnole, Unamuno est le promoteur d’une modernité qui veut faire sortir l’Espagne de sa torpeur et de son marasme.
Sa génération est née sur les cendres de l’Empire espagnol (perte de la dernière colonie, Cuba, en 1898) et vise au sursaut d’un pays encore sous le joug de la misère et de l’analphabétisme. Plus que les corridas en tant que telles, Unamuno rejette l’exploitation médiatique qui en est faite et contribue, selon lui, à maintenir le peuple espagnol dans l’ignorance.
Opium du peuple, les discussions tauromachiques empêchent ses compatriotes de se pencher sur les véritables problèmes. Au nom de «l’horreur des chaînes» et de son rejet de la dictature, Unamuno se refuse pourtant à interdire les courses de taureaux (cf. « L’Inquisition et les courses de taureaux » ; « Si j’étais autocrate »).
Il n’hésite pas non plus à se moquer des interprétations états-uniennes de la corrida (cf. « Hors-d’œuvre yankee »).
Dans ces chroniques, reflets de la situation espagnole de l’époque, Unamuno met l’accent sur le caractère injuste du système des grandes exploitations agricoles, sièges des élevages de taureaux de combat, qui prive les paysans de terres pouvant servir à nourrir le peuple.
Plaçant l’Homme au centre de sa réflexion, on retrouve dans ces articles l’esprit d’indépendance et la virulence qu’il exprimera contre la dictature de Primo de Rivera (1923-1930) et qui lui vaudront l’exil.